Ce matin, j’ai encore le majeur contrarié, je butte sur le do de cette gamme en si mineur. Il faudra bien, un jour, que je me rende à l’évidence, je suis un piètre musicien, mais pour l’heure, je persiste et comme pour toute chose accomplie, sans talent, sans goût, je désespère. Je le sais pourtant. Rien ne peut sortir de véritablement convaincant sans une once de plaisir, c’est même l’inverse qui se produit, chaque accord est empreint de cet ennui contagieux. Le partager est obscène, mais je persiste, car abandonner la musique serait un échec, ne plus être à la hauteur de mon désir, celui de dire. Sans la musique, je suis une coquille vide, un écho atone ricochant sur les murs d’un appartement en sous-sol, vidé de tout mobilier. Alors, je trime, comme d’autre danse. Le travail paye toujours, l’obstination en est le carburant, peu importe les sacrifices, il ne peut pas en être autrement. Des gammes, toujours et encore, à s’en arracher la peau sous mes ongles coupés ras. J’y crois dur...